lundi, septembre 10, 2007

Schizophrénie et théorie de l’esprit

Schizophrénie et théorie de l’esprit

Publié le 05/09/2007



Née vers 1978 de travaux d’éthologie (David Premack et Guy Woodruff) sur les chimpanzés, la théorie de l’esprit fut ensuite appliquée à la cognition humaine, notamment avec les travaux de Simon Baron-Cohen, Alan M Leslie et Uta Frish, pour atteindre désormais le champ de la psychologie et de la psychiatrie où ses apports essentiels concernent l’autisme et la schizophrénie.

Du point de vue de cette théorie, ces pathologies sont considérées globalement comme le produit de déficiences à se représenter autrui comme un être pensant, selon sa propre image. D’où la difficulté (voire l’impossibilité) pour intégrer l’autre, ignoré ou méconnu, dans sa propre perception du monde extérieur.

Rencontrés à la fois chez les autistes et chez les psychotiques (souvent comme problèmes principaux), les troubles de l’adaptation sociale résulteraient ainsi en grande partie des défaillances dans les facultés de prédire ou de comprendre les comportements d’autrui, sur la base de ses états mentaux supposés. En un sens, la théorie de l’esprit constitue une « métathéorie » puisqu’elle porte sur la possibilité de raisonner sur le raisonnement (pouvoir penser par exemple à ce que les autres pensent de nous). Un article du British Journal of Psychiatry fait le point sur son apport pertinent dans notre vision actuelle de la schizophrénie, en recourant à une méta-analyse de 29 études récentes sur ce thème (publiées entre Janvier 1993 et Mai 2006).

Cette analyse rétrospective confirme l’existence de déficits significatifs de la mentalisation dans la schizophrénie, même chez les patients en rémission. Une carence de représentation mentale constitue donc bien un trait caractéristique de cette affection, concluent les auteurs. Et pour les recherches futures, ils préconisent de s’intéresser à ce déficit de mentalisation avant même l’apparition clinique de la maladie (dont il serait ainsi un signe indicatif). Autre axe de travail : il faudrait préciser les points communs et les différences des troubles de la représentation mentale, dans l’autisme et dans la schizophrénie.



Dr Alain Cohen



Sprong M et coll. : “Theory of mind in schizophrenia.” Br J Psychiatry 2007; 191 : 5-13.

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