question puverte au Pr Foncin
Un paradoxe fondateur, intervient lorsqu'on change de cadre de pensée, il tient au fait que le «fondateur» d'un nouveau cadre de pensée ne dispose pour penser que de l'ancien cadre qui est incompatible avec le nouveau, dont la naissance se fait attendre.
a vous Pr FONCIN de nous prouver que vos inovations seront salutaires à la crise actuelle :
réponse :
Il n'y a nul paradoxe dans mon papier "Evidence Based Medicine", ni changement de "cadre de pensée". Le problème épistémologique auquel il y est fait référence est fort ancien, c'est celui celui de la "querelle des Universaux", commencée au XIIème siècle entre Abélard et Saint Bernard de Clairvaux, et poursuivie pendant les deux derniers siècles de la scolastique médiévale. C'est la "querelle" entre les nominalistes, préfigurés par Abélard, et dont le représentant le plus connu est Guillaume d'Occam (relire Il Nome della Rosa, par un représentant moderne du nominalisme sous le nom de Séméiotique), et les réalistes, préfigurés par Saint Bernard et dont le représentant le plus illustre est Saint Thomas d'Aquin. L'avatar aujourd'hui dominant du nominalisme est le positivisme comtien, qui, en "supprimant" la métaphysique, c'est à dire en empêchant la formation d'une théorie, empêche d'estimer une probabilité a priori dont j'ai montré la nécessité pour estimer la signification d'un résultat expérimental qui aura fourni une probabilité conditionnelle (théorème de Bayes). Un autre avatar du nominalisme est le "matérialisme dialectique" (Diamat) qui était le soubassement du Lyssenkisme, au nom duquel furent envoyés au Goulag, pour "objectivisme", les généticiens soviétiques. Au contraire, Jacques Monod dans "Le Hasard et la Nécessité" pose (ce qui est un acte de métaphysique) le postulat d'objectivité. Le "cadre de pensée" du modeste papier EBM (il a été écrit sur commande pour l'enseignement post-universitaire) ne représente nullement un changement : il s'inscrit dans un épistémologie réaliste très classique, mais opposée à celle du DSM qui suppose, sans le dire, une épistémologie comtienne du fait de son "athéorisme" apparent.
J'ai évoqué ces problèmes, en prenant la psychiatrie comme exemple et non comme sujet, dans une conférence prononcée au cours d'un colloque de systématiciens, scientifiques non médecins. À toutes fins utiles, j'en joins une copie.
Cordialement,
Pr. Jean-François FoncinLaboratoire de Neurohistologie47 rue général Leclerc, 77170 Brie Comte Robert j.f.foncin@wanadoo.fr
Libellés : foncin, médecine, psychanalyse, psychologie, recherche

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